Demain, tous pucés ?

Demain, tous pucés ?

La crise économique actuelle prolonge celle de 2008. Toutefois, maintenant que l’environnement est à bout de souffle, c’est aujourd’hui la vie privée qui devient le nouvel eldorado technologique.

Et pour l’instant, ce n’est pas la préservation de nos habitudes de vies, de nos conversations et de nos secrets qui représentent un enjeu économique, mais leur surveillance. Ce qui représente une grave menace pour les citoyens que nous sommes, au moins depuis l’avènement de Facebook, qui a représenté un tournant de ce point de vue. Inauguré au public en 2006, le réseau social comptait déjà, quatre ans plus tard, un demi-milliard d’abonnés, et a atteint 2,5 milliards d’utilisateurs par mois fin 2019 !

Plus du tiers de la population mondiale expose sa vie privée et exprime publiquement son point de vue. Or les usagers ne comprennent que rarement les conséquences qui découlent de cette mise en vitrine de leur vie privée. D’autant que les inscriptions sur le site peuvent se faire dès la naissance, de la part des parents. Ainsi, il y a des personnes dont toute la vie est documentée dès le premier jour.

Facebook conserve des « dossiers fantômes » qui recoupent les informations sur toutes les personnes possibles, que ce soit des utilisateurs, des visiteurs ou des individus dont on a simplement fait mention sur le site. Ces dossiers contiennent tout ce qu’il est informatiquement possible de savoir sur les habitudes de chacun, notamment dès qu’il relie Facebook à d’autres sites. De plus, le site lâche des cookies Datr sur les visiteurs qui n’ont pas de compte, pour les tracer. Attaqué pour cela par l’Etat belge, il a été relaxé.

Mais la responsabilité légale de Facebook implique aussi des devoirs quant aux stockages des données dont le site promet la confidentialité.

Or Facebook a été la cible de pirates informatiques, et a laissé fuiter deux fois les données personnelles pour la seule année 2019 : une fois pour 540 millions d’utilisateurs, une autre fois pour 267 millions. Ces manquements et ces empiètements font de Facebook une vitrine de la vie privée de ses usagers, et c’est se leurrer que de penser qu’il y existe des pensées réellement confidentielles.

Toutefois, l’étau sur la vie privée s’est encore plus resserré dans le courant des années 2010 avec la généralisation du téléphone « intelligent », le smartphone. Dans un entretien sur la chaîne Thinkerview, l’ancien président de la Quadrature du Net, Jérémie Zimmermann, relevait le fait qu’il y avait dans chaque Iphone un composant, le baseband, dont on ignore la fonction, et qui est potentiellement capable d’espionnage.

En 2013, le journal en ligne allemand Zeit.de pointait le fait qu’une « porte dérobée » a été programmée dans le système d’exploitation Windows 8 par la NSA, l’agence de sécurité américaine.

Cette information venait du bureau allemand de la sécurité informatique (BSI). Elle a été mollement démentie par la diplomatie allemande qui n’a pas voulu perdre la face. Car cela revenait à admettre que tous les services informatiques de l’Etat allemand étaient transparents pour les services d’espionnage américain.

Mais cela signifiait une chose : tout ce qu’un usager écrit ou regarde sur son ordinateur est accessible à Microsoft, et au gouvernement américain. Voilà pourquoi tant d’entreprises ayant des secrets industriels préfèrent Linux, un système d’exploitation indépendant.

En cette même année 2013, il a été confirmé que la NSA et le FBI, deux agences américaines, avaient accès à tous les réseaux sociaux et services de communication proposés par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), ainsi que Skype, Yahoo, AOL. Toujours en 2013, Apple, pourtant réputé plus sourcilleux sur la vie privée de ses usagers, a également annoncé collaborer étroitement avec les services officiels français.

L’espion actuel le plus efficace de la vie privée reste naturellement Alexa, le système d’enceinte connectée d’Amazon, qui, récemment témoin d’un meurtre, a montré qu’il enregistrait en fait en permanence. Il en va de même pour son concurrent, Google Home.

Désormais, les smartphones représentent un danger équivalent à ces enceintes connectées, depuis la mise en fonction des systèmes de commandes vocales Siri (sur iPhone) ou Ok Google (sur Android). Tous les jours, des usagers de ces appareils reçoivent des publicités correspondant aux conversations qu’ils ont avec leurs amis de vive voix, non par téléphone mais à proximité du téléphone !

Bien sûr, il est possible d’éteindre ces dispositifs pour qu’ils n’influencent pas nos publicités, mais leurs constructeurs ne nient pas qu’ils nous enregistrent à notre insu, constituant automatiquement un dossier sur chacun d’entre nous.

Or l’existence de ces dossiers les rend piratables en masse. Ils peuvent ainsi servir à l’avenir à faire du chantage ou des pressions sur les usagers. De plus, à moins d’habiter aux Etats-Unis, où les lois sont plus contraignantes, ces données seront facilement cédées à l’Etat dès qu’il en fait la demande, ce qui est très fâcheux si le gouvernement n’apprécie pas vos activités politiques, comme c’est le cas d’un grand nombre de Gilets jaunes ou de militants, par exemple.

La question du puçage représente l’étape supérieure de la surveillance de masse que la technologie rend possible. 

Les systèmes actuels ne sont pas connectés entre eux, et ne connaissent pas l’intimité de la personne ni l’ensemble de ses faits et gestes. Chaque compagnie ne connaît qu’une part de vos activités. Tout recouper serait un travail titanesque, donc ce n’est pour le moment qu’un fait ponctuel, sur demande de la police ou d’un Etat.

Or les systèmes modernes de puçage vont permettre de ficher l’individu à un niveau biologique, et de connaître la totalité de son état de santé. De même, l’ensemble de ses actions quotidiennes seront connues au moment où elles sont faites, puisqu’elles seront effectuées sur des appareils connectés eux aussi.

Il s’agit de comprendre l’interaction entre deux types de technologies. D’un côté, celles de l’intégration de dispositifs dans le corps humain (le puçage proprement dit). De l’autre, celle de la 5G, dont la puissance connectique permet le traitement des données dans des proportions gigantesques (100 fois plus que la 4G). Or ceci implique la connexion, et donc la surveillance de la totalité des objets que vous utilisez au quotidien, eux aussi pucés.

En 2019, l’idée d’un carnet de vaccination sous-cutané est avancée comme un progrès dans 20 minutes, célèbre journal gratuit.

ID2020, un partenariat dont Microsoft est l’un des principaux acteurs, propose une identité ineffaçable pour 1,1 milliard de personnes qui en auraient impérativement besoin. Elle sera donc certainement, elle aussi, sous-cutanée.

En même temps, la fondation Bill et Melinda Gates développe, avec le MIT, un système de « nano-tatouage » qui servirait à vous imprimer le fait que vous avez été vacciné ou pas. Outre le fait que le tatouage obligatoire rappelle immédiatement les camps de concentrations nazis, le MIT fabrique également des nanorobots de la taille d’une cellule, ce qui pose question. N’y aura-t-il qu’un tatouage dans le tatouage, ou un mouchard qui communiquera les faits et gestes de chacun à distance ?

Parallèlement, Elon Musk, connu pour ses voitures Tesla, développe des implantations de clé USB dans le cerveau humain pour le connecter avec le téléphone portable. Il est déjà arrivé à implanter un port USB à un cerveau de rat vivant.

Cette présence informatique permanente dans le corps des individus, et la connexion permanente qui en découle, représentent la fin de l’intégrité et de la liberté individuelle.

D’une part, les possibilités militaires de ces technologies sont tout simplement terrifiantes. Et même encadrés par la loi, ces pouvoirs n’en sont pas moins effrayants : toute votre activité biologique, physique et intellectuelle sera disponible à la seconde près, et immédiatement transmise à un serveur (ou immédiatement piratée). Cette fin du secret est celle de la liberté d’expression, et donc du choix politique, fondée sur le dialogue, la confrontation, l’erreur.

Connaître les défauts d’un citoyen en fait une cible directe pour les réseaux sociaux ou les médias, ou encore la police, qui peuvent le discréditer ou même le détruire psychologiquement.

C’est déjà ce qu’impose, sans une telle débauche de moyens, le régime chinois de crédit social, où la surveillance informatique des uns est faite par les autres, puisque chacun note l’autre. Ainsi, on sait exactement les endroits qu’une personne fréquente, son attitude, son appréciation du régime politique, et enfin, toute sa vie sociale.

Nous nous retrouvons probablement devant la première révolution technologique qui garantit de faire beaucoup plus de mal que de bien à l’humanité. Cela explique l’insistance de ses promoteurs pour dire qu’elle va améliorer le sort des plus vulnérables.

Ainsi le système de puçage vaccinal s’adresserait avant tout aux migrants, ou pour témoigner d’une vaccination contre le coronavirus. Tandis que l’inclusion de la clé USB dans un cerveau représenterait un progrès formidable pour les handicapés, qui n’en demandaient pas tant.

Il y a une réelle menace que l’on empêche quelqu’un de travailler ou de se rendre dans une manifestation publique dans les mois qui viennent, si cette personne ne témoigne pas, par une puce ou un tatouage, d’avoir fait les vaccins adéquats. Et cela implique aussi d’exclure socialement ceux qui refusent ces vaccins nouveaux.

Enfin, ces dispositifs de connexion des objets impliquent des mises à jour et des changements de matériel réguliers, ce qui accélérerait la consommation de tout objet industriel dans la même proportion que les ordinateurs, soit tous les trois ans pour un fonctionnement optimal…

Pas sûr que la planète y gagne ! D’autant qu’en Suisse, pays plus indépendant économiquement que la France, les cantons de Vaud et de Genève ont mis un moratoire sur la 5G. Ils s’inquiètent du rayonnement électromagnétique que produisent les objets connectés, et surtout de leur nombre croissant. C’est qu’elle représente à coup sûr un problème sanitaire pour l’homme, à cause du volume énorme des ondes électromagnétiques échangées, déjà prouvées cancérogènes. Elles semblent également tout à fait néfastes pour les animaux, sans lesquels nous ne pouvons pas vivre.

Il est peut-être temps de nous demander si nous n’avons pas rencontré un mur technologique que nous devrions nous garder de franchir.

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